Un an et trois mois après la sortie officielle de Microsoft Vista, il n’est pas exagéré de dire que c’est avec froideur que les utilisateurs Windows ont accueilli cette dernière mouture du système d’exploitation le plus répandu dans le monde. Et je trouve significatif que toutes les personnes que je connaisse et qui sont passées à Vista regrettent Windows XP.
Pourquoi être passés à Vista alors? Parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix: à cause du système des licences OEM de Microsoft, Vista est le seul système d’exploitation fourni avec les nouveaux ordinateurs portables sur le marché “grand public”. Il s’agit d’accords négociés entre les fabriquants et Microsoft afin de lier à la vente d’un ordinateur neuf des licences de Windows à moindre coût. Jusqu’il y a peu, les utilisateurs Windows conscients de cette pratique semblaient se satisfaire d’obtenir à si bon prix une licence qui sur le marché coûte nettement plus cher, et seuls se sentaient lésés les utilisateurs de systèmes libres tels que GNU/Linux pour qui une licence Windows ne vaut pas un clou. C’est sans doute ce qui explique la mollesse avec laquelle la question a été traitée jusqu’à présent par les autorités et les associations de consommateurs. Cependant, la vente liée est interdite par la loi et en tant que consommateur, je trouve inacceptable à l’achat d’un ordinateur portable de me retrouver de facto lié par une licence et d’être obligé de payer Microsoft pour un montant inconnu (jusqu’à présent, aucun vendeur n’a été capable de me dire le coût exacte d’une licence OEM qui est estimé entre 50 et 100 euros).
Certains défendent Microsoft en lui attribuant la démocratisation de l’informatique. Je ne suis pas de cet avis. Tout d’abord Microsoft n’a apporté aucune innovation importante: ni l’interface graphique, ni la souris, ni le tableur, etc. Il n’a fait que les racheter. Ensuite, l’évolution respective de Windows et de GNU/Linux ces dernières années donne une idée de comment l’informatique aurait évolué si Microsoft n’avait pas imposé son propre rythme. Et enfin, le système des licences propriétaires est un frein considérable et qui ne contribue nullement à la démocratisation de l’informatique, bien au contraire car il oblige l’utilisateur à “subir” le logiciel plutôt que de pouvoir se l’approprier.
Si je compare la dernière version de Ubuntu (la version 8.04 sortie en avril 2008) avec Windows XP (que je suis bien obligé d’utiliser sur mon lieu de travail), je trouve Windows XP complètement dépassé. Il faut dire que ce dernier a été lancé il y a plus de 5 ans… Mais comment se fait-il que la société d’informatique la plus riche au monde ne soit pas capable de faire évoluer son système d’exploitation aussi vite que des alternatives libres et gratuitement disponibles sur Internet (Ubuntu sort une nouvelle version tous les 6 mois qui compte à chaque fois des innovations notables)? C’est tout simplement l’illustration flagrante que le mode de développement des logiciels libres est mieux adapté à ce genre de produits informatiques que le mode propriétaire. Ce dernier consiste à travailler en interne et à vendre (ou plus exactement à louer) le produit fini. Tandis que les logiciels libres sont développés en réseau par une multitude de contributeurs qui chacun y trouve sont compte (IBM a part exemple boosté la vente de ses machines en supportant GNU/Linux). Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le mode libre est beaucoup plus efficace (on ne réinvente pas la roue chacun dans son coin), mais aussi, plus innovant. Aujourd’hui, un système d’exploitation est devenu à ce point complexe que plus aucune société, même Microsoft, n’a la capacité de le faire évoluer seul. Et Mac OS X de Apple? Il est précisément basé sur BSD, un autre système d’exploitation libre…
Ce qui retient beaucoup d’utilisateur Windows à faire le pas vers GNU/Linux, s’est l’habitude. Ils sont “formatés” au monde Microsoft et de même qu’ils sont habitués à ce que des documents textes s’échangent dans le format de Microsoft Office Word ou que le boutton “Démarrer” se trouve en bas à droite, ils sont tout autant habitués à ce que leur ordinateur soit menacé par des virus ou se plante sans raison. Cela fait partie de leur normalité, mais cela n’est en réalité pas “normal”.
L’autre obstacle de taille est ce système des licences OEM. Et je suis convaincu que les lois de la concurrence et les jeux du marché ferait disparaître d’elle-même cette pratique illégale aussitôt que la transparence serait d’application. En effet, beaucoup y penseraient à deux fois avant de payer 50 à 100 euros pour un système d’exploitation qui ne les satisfait pas. Et il est aujourd’hui plus que raisonnable d’exiger des fournisseurs d’ordinateurs qu’ils affichent clairement les prix respectifs du matériel et des logiciels proposés en compléments. Je vous invite dès lors à signer une pétition en ligne créer à cette fin: http://2277.lapetition.be/
Pierre